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Les défis des collectivités rurales: Un point de vue de Terre-Neuve-et-Labrador
Roger Fitzgerald

Certains des défis qui sapent la force de nos collectivités rurales découlent d’interventions délibérées dans l’économie qui ont été menées au fil des ans par tous les ordres de gouvernement. Si les gouvernements ont créé bon nombre des conditions qui nuisent à la durabilité et à la viabilité des régions rurales, ils ont également le pouvoir et l’obligation d’intervenir par des moyens qui renforcent ces collectivités et leur permettent de survivre et de prospérer dans le monde moderne. L’auteur prétend que les collectivités rurales ont un rôle indispensable à jouer dans l’économie, et qu’il n’y a rien de naturel à les laisser mourir. 

La ville de St. John’s est une collectivité merveilleuse ainsi que le plus gros centre urbain de Terre-Neuve, avec une population d’environ 200 000 habitants. Environ 40 p. 100 des citoyens habitent dans la partie nord-est de la péninsule d’Avalon. La région a l’effet d’un aimant et attire les habitants de nos collectivités rurales vers la ville avec sa multitude de possibilités. 

Cependant, St. John’s n’est pas l’endroit à visiter si vous souhaitez constater de vos propres yeux les défis de nos collectivités rurales. Vous devez vous rendre dans des endroits comme la péninsule de Bonavista. C’est là que Jean Cabot a accosté en 1497 en provenance de Bristol, en Angleterre, avec son navire The Matthew qui, d’après ses récits, a été ralenti par les énormes bancs de poissons rencontrés au large de nos côtes. Des années 1490 jusqu’aux années 1990, la péninsule de Bonavista a prospéré grâce à l’abondance de l’un des plus riches lieux de pêche de toute la planète. Mais, au début des années 1990, lorsque le gouvernement du Canada a imposé un moratoire sur la pêche à la morue en raison de l’épuisement terrible des stocks de poissons, les circonstances ont changé dans la péninsule de Bonavista tout comme dans des centaines d’autres collectivités de toute la province, Ma circonscription, peuplée d’environ 13 000 habitants, a perdu plus de 2 000 emplois dans le seul secteur de la transformation du poisson. 

Dans la région de St. John’s, le taux de chômage officiel publié par Statistique Canada atteint environ 10 p. 100. Dans ma région, c’est le double et, dans certaines collectivités de ma circonscription, il dépasse 80 p. 100. Et n’oubliez pas que ces taux officiels ne comprennent pas les gens qui ont abandonné la recherche d’un emploi, selon eux inexistant, ni ceux qui sont partis à la recherche de débouchés qu’ils ne peuvent pas trouver chez eux. Bien des gens ont déménagé à St. John’s. De nombreux autres ont tout simplement quitté notre province. Depuis le début des années 1990, la province de Terre-Neuve-et-Labrador a perdu plus de 10  p. 100 de sa population. 

Certaines personnes pourraient se demander pourquoi ne pas laisser faire la tendance? Pourquoi soutenir les économies rurales lorsque des débouchés existent dans nos centres urbains en pleine croissance? Pourquoi ne pas laisser nos collectivités rurales périr de mort naturelle? 

Ce n’est pas par hasard que centaines de collectivités parsèment les rivages des côtes et des rivières de Terre-Neuve. Le poisson a attiré ici la majorité de nos ancêtres, mais la nature a dressé tous les obstacles possibles contre les colons pour rendre la vie palpitante — des guerres, des maladies, des tempêtes, des famines, une pauvreté terrible, et j’en passe. Seuls les êtres les plus têtus pouvaient survivre ici et il n’est pas surprenant que l’entêtement soit devenu un trait de caractère dans ces régions. On pourrait donc être tenté de penser que bien des gens restent dans nos collectivités rurales uniquement parce qu’ils sont trop têtus pour faire un meilleur choix. 

Moi, je présenterais cela d’une autre façon. Les personnes dont les familles ont survécu ici pendant des générations sont trop têtues pour croire que les possibilités de soutenir nos collectivités ont toutes été épuisées. Comment une personne saine d’esprit pourrait-elle embrasser du regard Terre-Neuve et le Labrador sans entrevoir la multitude de possibilités sur lesquelles pourraient s’ancrer la survie et la viabilité des générations à venir? 

Oui, la morue est toujours en danger, mais regardez les crustacés et les coquillages qui abondent dans nos eaux. 

  • Regardez les nombreuses espèces en dehors du poisson de fond et les possibilités de remplacer les stocks épuisés par l’aquaculture. 
  • Regardez les possibilités de tirer une plus grande valeur du poisson et des autres ressources que nous récoltons. 
  • Regardez les forêts qui soutiennent nos activités liées à l’exploitation forestière, à la transformation du bois d’œuvre et à la fabrication du papier. 
  • Regardez les possibilités de remplacer les arbres par la sylviculture. 
  • Regardez nos minerais, avec la découverte chaque année de nouveaux gisements dans les régions rurales. 
  • Regardez l’hydro-électricité, le pétrole et le gaz, et la multitude d’autres richesses naturelles que nous pouvons exploiter. 
  • Regardez les compétences centenaires développées par les Terre-Neuviens et les Labradoriens en construisant des navires destinés à parcourir les mers. 

À Bull Arm, à environ 150 km de Bonavista, les Terre-Neuviens et les Labradoriens ont construit ce que la revue Time a appelé la huitième merveille du monde moderne, la plate-forme Hibernia. Nous avons prouvé que nous pouvons construire de grandes choses, mais nous nous souvenons également comment bâtir de petites choses. De minuscules entreprises de fabrication offrent d’énormes possibilités aux petites collectivités mais aussi de petites occasions qui, regroupées ensemble, peuvent avoir un impact énorme. 

À Fogo, sur notre côte nord-est, on fabrique des courtepointes. Le savoir-faire et les traditions transmis d’une génération à l’autre ont fourni une occasion de subvenir aux besoins des familles rurales grâce au secteur de l’artisanat. Au Labrador, certains artistes autochtones extrêmement talentueux subviennent à leurs besoins grâce à de magnifiques sculptures en stéatite qui font l’admiration du monde entier. Les industries culturelles de notre province prospèrent comme jamais auparavant. Les artistes commencent à utiliser les nouvelles technologies de façons passionnantes et nous commençons à apprécier la valeur économique d’activités qui étaient autrefois considérées comme des passe-temps. 

Les technologies comme Internet et les autres outils de communications de masse ont commencé à combler des vides de la même manière que les chemins de fer, les routes et les autoroutes aériennes ont commencé à le faire il y a des décennies. Il est intéressant de constater que Marshall McLuhan a décrit cette interconnectivité comme étant le « village global », expression ayant de fortes résonances rurales. Les technologies, depuis la radio jusqu’à Internet en passant par le téléphone et la télévision, ont permis à tous nos minuscules villages éloignés, ainsi qu’à nos plus grandes collectivités, de fonctionner comme un seul village qui transcende l’espace et le temps. Il y a même des gens qui font du télétravail à domicile et qui prospèrent ainsi dans le village global sans se rendre vraiment au travail. 

Dans notre province, il y a des enfants qui étudient à distance, du moins pour certaines matières. La technologie les relie en temps réel à des enseignants et à des camarades de classe très éloignés. De fait, avec les branchements par Internet en temps réel, le courriel, la messagerie instantanée, les salons de clavardage sur Internet, les jeux vidéo en ligne et tout un éventail d’autres technologies naissantes, les jeunes des régions rurales ne ressentent plus l’éloignement qui définissait leurs arrière-grands-parents. Ils n’ont peut-être pas de restaurant McDonald ou de magasin Wal-Mart dans leur rue, mais ils peuvent clavarder dans le monde entier avec d’autres enfants d’un milieu urbain ou rural, tout en sentant qu’ils font partie intégrante de l’actualité. Ils sont branchés. Ils sont virtuellement urbains dans leur perspective (sans oublier dans leur musique et dans leur habillement). 

Et même s’il est peut-être dur pour eux de ne pas pouvoir achever la soirée avec un quart de livre et des frites, combien d’enfants dans le monde peuvent respirer un air pur et frais tout en se promenant en toute sécurité dans la toundra canadienne derrière leur maison et en entendant les vagues déferler doucement sur les rivages? J’accepterais cela n’importe quel jour de la semaine pour remplacer les bruits de la circulation! 

Dans les collectivités rurales, vous connaissez généralement vos voisins et les voisins s’entraident habituellement. Les économistes appellent cela l’économie souterraine, mais l’expression ne rend pas vraiment justice à l’esprit de coopération qu’elle essaie de décrire. Le Canada ne serait pas le Canada sans cet esprit de coopération, ce désir de s’impliquer. Ce serait peut-être mieux d’appeler cela « l’économie du partage », dans laquelle chacun bénéficie des points forts des autres. Je crois que le Canada doit cette solide tradition aux collectivités rurales qui ont dominé ici. C’est cette tradition même qui est à l’origine de notre système d’assurance-maladie — une reconnaissance du fait que nous sommes tous dans le même bateau et que nous devons donc partager. 

Je frémis à l’idée de ce que nous deviendrions si cet esprit coopératif venait à être érodé. Si nous prétendons que l’érosion de nos collectivités rurales est quelque chose dont nous ne pouvons ou ne devrions pas nous préoccuper, alors j’estime que nous risquons de changer fondamentalement le Canada. 

La survie du milieu rural dans notre monde de plus en plus urbanisé est un défi que tous les Canadiens doivent relever ensemble. 

Plus de 95 p. 100 des ressources naturelles et écologiques du Canada sont situées dans les régions rurales du pays. Bon nombre des principales industries canadiennes — l’agriculture, les pêches, la foresterie, les mines et l’énergie — dépendent des collectivités rurales. Ces collectivités et leurs industries constituent une source de force et de vitalité pour de nombreux centres urbains. En effet, 22 p. 100 du PNB et 33 p. 100 des industries primaires sont tributaires des collectivités rurales. Si les centres urbains pensent être exempts des souffrances du Canada rural, ils devraient se préparer à une dure confrontation avec la réalité. 

À Terre-Neuve-et-Labrador, plus de 54 p. 100 des habitants vivent dans des collectivités de moins de 5 000 habitants — pourcentage nettement supérieur à la moyenne nationale. Notre exposition aux défis touchant la viabilité et la durabilité du Canada rural est donc encore plus grande. Si on laisse le Canada rural rapetisser et mourir, c’est ici que les répercussions se feront sentir le plus durement. Mais, si nous essayons collectivement de trouver des façons novatrices d’insuffler un regain de vie dans le Canada rural, alors la province de Terre-Neuve-et-Labrador constitue l’incubateur idéal dans lequel ces initiatives pourraient être mises en œuvre. Si cela fonctionne ici, alors cela fonctionnera partout! 

Le défi des infrastructures 

À Terre-Neuve-et-Labrador, tout comme dans d’autres régions, le transport constitue un important défi sur le plan des infrastructures. Sir John A. Macdonald a reconnu que la construction d’un chemin de fer de l’ouest des Rocheuses à l’est du Canada constituait un investissement dans la viabilité et la durabilité du Canada en tant que nation. Ce fut une dépense énorme, mais beaucoup moins coûteuse que l’autre solution, qui consistait à laisser le Canada se désintégrer en une série d’États éloignés et sans liens. L’initiative a ouvert de nouveaux débouchés pour nos collectivités rurales, en permettant aux agriculteurs ruraux et aux producteurs et fabricants de bois d’œuvre de toutes sortes de faire du commerce ensemble. De fait, des infrastructures de transport solides ont libéré les gens pour aller vivre dans les villes, car cela leur garantissait des approvisionnements en matières premières provenant de l’arrière-pays. Si on laisse s’éroder ces réseaux de transport, alors le Canada tout entier en souffrira aux chapitres de la productivité et de la compétitivité — même si ce sont les collectivités rurales, dont les infrastructures ont été négligées, qui en souffriront en premier et le plus. 

Qui dit infrastructures, dit également câbles électriques, câbles de téléphone, câbles de télévision, diverses technologies sans fil et tout ce qui rend ces services fonctionnels. Notre province est témoin d’une révolution sur le plan de l’accessibilité au service à large bande, qui importe beaucoup pour le succès des collectivités rurales comme la mienne. Nous recherchons de nouvelles possibilités de produire de l’électricité pour alimenter les industries de demain. L’Île-du-Prince-Édouard a appliqué le principe « small is beautiful » de belle façon en se concentrant sur les possibilités de produire localement de l’électricité éolienne. L’électricité attire les débouchés et une électricité renouvelable propre — comme les centrales du cours inférieur du fleuve Churchill — peuvent attirer des débouchés qui sont durables à long terme. 

Les infrastructures sont essentielles à la diversification économique, et la diversification fait partie intégrante de la durabilité. Une région a les meilleures chances de survivre si elle a de nombreuses rames dans l’eau. J’applaudis notre gouvernement et tous les gouvernements qui investissent dans les infrastructures pour desservir les régions rurales, parce que ce n’est pas seulement un investissement dans leur durabilité, mais un vote de confiance dans leurs habitants. 

Le défi de l’éducation 

La série « The Passionate Eye » du réseau anglais de Radio-Canada a diffusé récemment un documentaire animé par Lisa Moore et Mary Walsh et intitulé Hard Rock and Water. Il s’agit d’une comparaison entre la province de Terre-Neuve- et-Labrador, qui a renoncé à son indépendance en 1949, et l’Islande, qui a affirmé son indépendance à peu près à la même époque. Les animatrices n’ont pas oublié de souligner un point important, à savoir que le taux d’alphabétisation est de 100  p. 100 en Islande. À Terre-Neuve-et-Labrador, comme dans les autres régions du Canada, nous envions cette statistique et nous nous demandons en quoi nos vies seraient différentes si nous pouvions l’égaler. 

Cependant, le fait de dispenser une vaste éducation de haute qualité aux résidants des petites collectivités rurales éloignées pose un défi. Le problème a été aggravé ici par la perte de jeunes familles après le moratoire imposé sur la morue et par le taux de natalité décroissant qui est partiellement relié à cette perte de jeunes familles. Dans un avenir rapproché, on prévoit que la province de Terre-Neuve-et-Labrador aura plus de décès que de naissances. La population source de notre province, celle des plus de 15 ans, diminue et vieillit à un rythme tel que, d’ici 2008, on prévoit que les personnes âgées seront plus nombreuses que les jeunes. 

Si vous pouvez vous permettre d’avoir quatre enseignants pour 100 étudiants dans une collectivité rurale, combien pouvez-vous vous permettre d’en avoir lorsque le nombre d’étudiants chute à 75 — ou à 50 — ou à 25? Il est difficile de réduire le nombre d’unités d’enseignement sans affecter l’éventail du programme ou la qualité de l’expérience pédagogique. Dans notre province, il existe une politique des petites écoles qui protège certains établissements contre la perte d’unités d’enseignement qui surviendrait autrement en fonction de la baisse démographique. Nos conseils scolaires s’efforcent de gérer ce changement démographique au moyen d’une réorganisation. Les nouvelles technologies dont j’ai parlé plus tôt sont également très bénéfiques pour les étudiants en milieu rural qui, autrement, n’auraient pas facilement accès à certains programmes. Mais il n’est pas question de dissimuler la réalité voulant que le nombre décroissant d’enfants dans les collectivités rurales très dispersées présente un défi pour les parlementaires conscients du fait qu’une population fortement instruite constitue une condition préalable à l’existence de collectivités viables et durables. Nous devons trouver de nouvelles façons de coopérer en vue de dispenser l’instruction, afin que nos jeunes soient préparés à saisir les occasions qui engendreront la prospérité dans leurs collectivités. 

Le gouvernement provincial a annoncé récemment ses politiques en matière d’éducation publique postsecondaire et a insisté sur la nécessité de conserver les collèges publics dans les centres ruraux et les plus grands centres urbains qui en ont actuellement. Ces collèges constituent une plaque tournante pour les études supérieures et le perfectionnement des compétences, ils contribuent à attirer des investisseurs et des employeurs, et ils peuvent également permettre d’aller chercher et de perfectionner une expertise dont notre système scolaire peut tirer profit. 

Dans la région métropolitaine de St. John’s, nous avons été récemment témoins d’un succès retentissant qui était ancré dans ce type même de coopération. Des étudiants du secondaire de notre district scolaire de l’Est se sont jumelés à des étudiants de l’Institut maritime de notre université pour élaborer un véhicule robotique télécommandé qu’ils ont inscrit à un concours au Neutral Buoyancy Laboratory du fameux Centre spatial Johnson de la NASA, à Houston, au Texas. En compétition contre des écoles de partout aux États-Unis et contre une autre du Canada, l’équipe locale a remporté la première place au classement général, la première place en performance robotique, la première place en présentation de panneaux d’ingénierie, la première place en exposition de génie, la première place pour le travail d’équipe et le professionnalisme et la première place en gestion du mouvement. 

Voilà la preuve du pouvoir de la coopération. Je pense que nous avons assez d’imagination pour trouver d’autres moyens d’exploiter ce pouvoir au profit de nos étudiants ruraux et perfectionner leurs talents uniques afin que tout le Canada puisse profiter de l'application de ces talents. Les environnementalistes nous disent que nous souffrons lorsque la coupe à blanc des forêts pluviales élimine de la planète des espèces qui pourraient guérir d'importantes maladies. Combien souffrons nous tous davantage lorsque le potentiel d'un jeune est ignoré? 

L’avenir du Canada rural 

Dans une région rurale de l’ouest de Terre-Neuve, il existe un nouveau centre de villégiature de première classe, lauréat de prix internationaux, qui a attiré de riches acheteurs de toute l’Europe et du monde entier — des acheteurs qui veulent profiter du mode de vie rural de Terre-Neuve-et-Labrador, même s’ils sont suffisamment riches pour vivre pratiquement partout où bon leur semble. Le long de nos côtes, les Américains achètent des propriétés rurales en grand nombre. Ils sont nombreux à ne pas pouvoir croire que tant de gens ne se rendent pas compte de la valeur de ce que nous avons ici. En fait, c’est seulement maintenant que les Terre-Neuviens et les Labradoriens commencent à apprécier vraiment la valeur de leur environnement et de leur mode de vie ruraux. 

Nous avons quelque chose dont nous pouvons être fiers et quelque chose qui vaut la peine d’être soutenu ici. Et il y a des collectivités rurales partout au Canada qui peuvent se glorifier de la même chose. Nous sommes un pays de « secrets les mieux gardés ». Collectivement, il est temps d’investir dans ces secrets les mieux gardés pour permettre aux gens qui y vivent de tirer profit de leurs avantages de façon à soutenir des collectivités viables. Seules les personnes ayant une imagination très limitée et une mentalité à l’emporte-pièce n’apprécient pas les possibilités que peut offrir la durabilité rurale. Mais, si je parle pour moi, je pense qu’un pays de villes dans lesquelles chacun vit dans des cubicules en béton empilés les uns sur les autres n’est pas ce que le Canada souhaiterait ou devrait être. Ce n’est pas vraiment ce que nous sommes — et ce n’est certainement pas ce que nous sommes à Terre-Neuve-et-Labrador. 

Certains diraient que nous devrions plutôt trembler dans nos culottes à l’idée que l’économie chinoise, avec ses milliards d’habitants, va avaler le monde et détruire nos accords commerciaux bénéfiques avec sa main-d’œuvre bon marché. Mais vous savez quoi? Les Chinois veulent simplement survivre et prospérer comme nous le faisons, comme le font les peuples d’Afrique et d’Amérique du Sud et le reste du monde. Dans beaucoup de ces endroits, le village est la norme, tout comme il l’a longtemps été au Canada. À mesure que nous apprendrons de meilleures façons de soutenir nos propres villages, nous pourrons exporter notre savoir vers d’autres villages dans le monde, établir des partenariats qui embrassent la planète et améliorer le niveau de vie dans des régions plus pauvres que la nôtre. C’est une approche du développement du village global plus positive que la voie que certains aimeraient nous voir suivre. Mais, si nous perdons le village, et le sentiment de partage et de compassion qu’il engendre, quelle sorte de monde aurons-nous et quelles sortes de gens seront nos arrière-petits-enfants? 


Canadian Parliamentary Review Cover
Vol 28 no 3
2005






Dernière mise à jour : 2018-07-31